À propos de l'oeuvre "Corps céleste", par Pascal Marquilly

2020

   L’œuvre fait face aux dessins à la précision quasi chirurgicale de Clément Vuillier, et propose en miroir un paysage céleste, élevant le regard vers les étoiles. Une cartographie parcellaire d’une constellation imaginée qui se serait déposée délicatement sur le papier, comme une empreinte venue de l’univers. On se souviendra de la sonde Voyager 1 qui évolue désormais au sein du milieu interstellaire, artefact humain le plus éloignés de la terre à ce jour, embarquant le Golden record, un enregistrement d’images, de sons et de textes proposant un portrait de la diversité de la vie et des cultures terrestres. Cette œuvre retourne la situation, comme si l’univers nous avait laissé une trace, un message peut être, nous donnant à voir sa constitution astronomique, en quelques bulbes, évoquant l’infini au delà de la perception humaine, tant physique qu’intellectuelle. Il est effectivement difficile de se représenter l’univers tant celui-ci, par son extension perpétuelle, échappe aux concepts qui régissent notre vie, ici bas. Nous sommes devant l’inconnu, provoquant une sensation de vide dont on sent confusément qu’il est nécessaire de là laisser croître en nous, nous soustrayant peu à peu pour qui laisse s’y prendre, de nos propres errements.

"Effacement", par Jean-Paul Gavard-Perret

Le Salon Littéraire, 2016

    Sandra Richard a acquis une conviction : les images doivent être bien autre chose que la possession carnassière des apparences, autre chose que cette mimesis en laquelle, depuis la Renaissance italienne, elles se sont splendidement fourvoyées et dont le prétendu "réalisme" représente la forme la plus détestable. La créatrice se barricade contre l'invasion de cette sorte d'espoir illégitime. Les moyens plastiques sont convoqués pour un effacement mais afin de produire un ébranlement du regard par une poussée particulière fait de gaufrages et de piquages afin que cette très vieille chose qu’on nomme l'Art parle autrement.

   « Dépeupleuse » de la représentation Sandra Richard en quelque sorte l’écarte. Néanmoins le travail reste intensément fort afin de créer d’autres suggestions et propositions. Des suites de formes s'enveloppent les unes dans les autres. Le dessin demeure mais blanc sur blanc, loin de la grimaces des couleurs selon  une traction extrême digne des estimables abstracteurs de quintessence.

   Tout en ne se séparant pas de toute figuration l’artiste détrône le visible afin de produire une ouverture qui n'a rien d’une impasse. Se  nouent dans l’immaculé la lumière et  l’obscurité. Là où l’art semble introuvable et où s’ouvre un vide illimité, l’Imaginaire pictural creuse le monde en se démettant de tout chaînon expansif. L’énoncé graphique se dissout dans la plénitude lacunaire de ses blancs. En cette approche on pourrait croire voir émerger une nostalgie éperdue de la pureté. Mais ne faudrait-il pas voir, plutôt, une accession à la "réalité du rien" ou à la visible absence de l'absence?

"Séquences et variations de structures bruitistes", par Philippe Langlois
Revue Fusée n°20, 2011

   Ces planches dessinées que Sandra Richard appelle "séquences" ouvrent vers une recherche graphique qui dépasse largement la sphère du dessin abstrait noir et blanc, réalisé au stylo à encre, pour investir une dimension secrète quasi subliminale. Au-delà d'un travail qui, de prime abord, semble toucher à l'aspect organique de la matière, se dessine un projet plus vaste que l'artiste relie volontiers à la notion de "variations de structures bruitistes". Cette approche ne s'inscrit donc pas seulement dans une démarche graphique minimaliste, à partir de la figure unique du point, mais propose tout un jeu subtil d'ombre et de lumière entre l'espace vierge du papier et la densité variable des points qui en noircissent la surface.

   De par leur nature "bruitiste", ces dessins induisent également une forme de synesthésie qui interroge les limites de la transposition d'une image graphique en espace sonore. Au-delà du dessin pourrait alors, mentalement, surgir un son, plutôt un bruit, dans son acception acoustique, non sans lien avec certains aspects de la musique minimaliste électroacoustique et l'emploi de "drones" dans la musique du compositeur américain La Monte Young ou "d'ambiances sonores" dans les films de David Lynch.

   Chaque séquence peut devenir alors un concert acoustique mental et la densité du noir et blanc peut être associée à l'idée d'amplitude, les traits devenir des fréquences dans un spectre sonore relatif déterminé par le cadre, les points eux-mêmes se transmuer en une infinité de petits craquements harmonisés...

Délibérément montrés sans la dimension sonore, ces dessins participent d'une fascinante expérience de synesthésie évitée, détournée, sinon volontairement inachevée, où l'écoute muette se projette dans des espaces acoustiques imaginaires.

A propos de la série "Les temps flottants", par Sandra Richard

2011

 

   C’est dans une écriture du ressassement où chaque forme interminablement répétée se déploie dans un espace sans perspective que cette série de dessins nous laisse à penser le phénomène de l’écoulement du temps. Dans la minimalité du geste, cet acte performatif donne réalité et authenticité au temps passé, irrévocable. C’est un geste qui creuse le temps, comme une lutte contre l’impatience, contre la hantise de l’interminable où le temps s’affirme et ce dérobe à lui-même. C’est parce que « la patience est l’épreuve de l’impatience » nous dit Maurice Blanchot que mes dessins sont dans un entre-deux entre tension et apaisement. La patience n’est pas inagissante, elle s’appréhende dans un temps qui n’est plus celui de la vie quotidienne pour se poser et se reposer dans un temps distendu, comme dilaté : un «temps-flottant». Un geste à la limite du désoeuvrement à refaire continuellement se qui vient d’être fait comme pour le nier. Cette pratique du faire-et-défaire génère une continuité de mutations incessantes et constitue l’unité même de ces images qui semblent à la fois dans une sorte de tranquillité silencieuse, immobiles et achevées, et faites de perpétuelles variations générant toutes les subtilités de leur propre mouvement.

Les temps flottants 1/3 (détail), Encre sur papier, 21,5x33,5cm, 2011

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now